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Cloudifier l’incloudifiable !

 

« Les applications de mon entreprise sont cloudifiables, archi-cloudifiables ». Malheureusement, ce n’est pas en répétant rapidement la phrase dix fois de suite, qu’un miracle se produit. La mise en orbite de son système d’information dans la stratosphère reste un sujet complexe. Certes, si vous partez d’une feuille vierge ou si vous avancez progressivement, le plancher nuageux sera plus bas et la propulsion nécessaire sera d’autant diminuée. La complexité est aujourd’hui de mieux en mieux maîtrisée avec des solutions efficaces sur les questions majeures du contrôle, de la gestion, de la gouvernance ou de la conduite du changement pour les utilisateurs.

Les deux objections habituelles sont la qualité des réseaux d’accès et la sécurité. Sur le premier sujet, sans encore une maîtrise totale, il est certain qu’aujourd’hui les capacités progressent régulièrement pour apporter des solutions de plus en plus efficaces. Sur le sujet de la sécurité, ce sont plutôt les risques qui ont tendance à augmenter avec le développement du cloud. Quelle que soit la qualité des produits et des techniques pour protéger données et applications, la nature et la virulence des menaces évoluent dans un environnement mondialisé soumis à des tensions de plus en plus brutales et où nos infrastructures informatiques deviennent également des cibles. « L’homme et sa sécurité doivent constituer la première préoccupation de toute aventure technologique », pour rester dans l’esprit de ce que disait Albert Einstein sur le sujet, il est indispensable de conserver la préoccupation de la sécurité au cœur d’un projet cloud de sa conception à sa gestion en production. Coûts et efforts ne feront qu’augmenter dans les années qui viennent sur ce sujet.

En ouvrant le capot de notre fusée, l’infrastructure de notre environnement cloud, sur laquelle reposent nos applications, se présente à nous, avec aujourd’hui une industrialisation masquant la technicité et la complexité. Ainsi déployer des environnements virtualisés complexes reproduisant tout type d’architecture s’organise simplement à travers des produits d’orchestration et renvoie à la préhistoire ce que nous réalisons encore manuellement voici quelques années.

A l’étage supérieur enfin, les applications. Le cœur du système. Steve Ballmer annonçait qu’il existait plus de 4 millions d’applications disponibles pour les plate-formes Windows, ce qui représentait à l’époque et encore aujourd’hui, l’immense majorité de ce que nous laissons entre les mains de nos utilisateurs. Une partie relativement limitée a été réécrite ou a été nativement pensée pour des environnements web. Des applications à destination des mobiles ont vu également le jour et sont pour la sphère professionnelle des extensions ou des compléments plutôt que le fondement des applications métier.

L’essentiel concerne donc toujours des applications Windows qui ne sont pas fondamentalement différentes depuis les premiers Windows. Bien évidemment, elles ont évolué sur l’ergonomie, les capacités ou la puissance et représentent l’immense avantage – tenez-vous bien – de parfaitement fonctionner et de répondre aux besoins de productivité des utilisateurs. A l’heure où le cloud et tout type de dispositif ont fait florès, tout en restant viscéralement installées dans un système Windows, ces applications sont restituées sur du petit, du grand, du lourd, du léger, du linux, du mac, du mobile et toujours du poste de travail classique. Cela a été rendu possible par différentes technologies, que ce soit la publication d’applications distantes ou la virtualisation du poste de travail avec l’immense, le considérable avantage pour les éditeurs, les fabricants de cette masse de quasi 4 millions d’applications, de ne pas avoir à les redévelopper.

Le sujet n’est donc pas l’accès à ces applications pour les utilisateurs. Il est, en revanche, clairement celui de leur cycle de vie pour les services informatiques. L’adhérence est totale avec le socle Windows complexifiant installation et mise à jour avec des méthodes qui n’ont pas véritablement évolué. Cela reste barbare. Certes des solutions sont apparues pour réduire cette adhérence entre solution de distribution et isolation applicative, mais souvent en déplaçant le problème. Microsoft a tenté à plusieurs reprises de revoir le sujet de l’intérieur avec des outils de développement facilitant ensuite le cycle de vie, mais avec la terrible difficulté de devoir convaincre les créateurs de cette masse protéiforme de tout casser. Il suffit de connaitre le coût direct, humain et financier et indirect en terme de prise de risque pour comprendre que peu s’y soient risqués.

Le cloud parviendra à franchir une étape décisive le jour où cette complexité du cycle de vie des applications, résultat d’une absence d’industrialisation, sera maîtrisée. Cela évolue. L’émergence de la technologie des containers, initiée par Docker, appliquée au monde Windows pour les applications à interfaces ouvre un nouveau chemin. Couplée aux technologies de publication et de virtualisation pour la restitution, cette approche pourrait permettre d’apporter une industrialisation forte de ce cycle de vie. Rêvons, un instant, cela pourrait même aller bien au-delà avec une chaîne logistique de la vie de l’application qui irait de l’éditeur à l’utilisateur, sans à-coups et sans complexité avec un fonctionnement industrialisé ne nécessitant plus des heures et des heures d’interventions manuelles. Une vraie rupture technologique.