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Débarrassée du BYOD, la mobilité devient productive

 

Je byode, tu byodes, il byode L’informatique est une source inépuisable de création et de renouvellement de notre langue. Rarement pour le meilleur et souvent pour le pire. Le BYOD (Bring Your Own Device) est une des dernières coquecigrues qui ait traversé l’atlantique.

Né à la fin des années 2000, le concept est apparu suite à une présentation d’un grand éditeur de logiciels américain qui démontrait en séance une prouesse technologique consistant à associer sur le même poste de travail, deux types d’environnements totalement différents. Pour l’illustrer, le meilleur exemple était de présenter sur un ordinateur, la cohabitation d’un environnement professionnel et d’un environnement personnel. Technologiquement, la démonstration est une réussite. Il était ensuite fort commode de prophétiser l’usage : demain les collaborateurs des entreprises viendront avec leur ordinateur personnel et la direction informatique y installera les outils de l’entreprise dans un environnement étanche. D’où le terme Apportez Votre Propre Matériel, acronymisé en APVM particulièrement râpeux en bouche et qui n’avait aucune chance face au claquant BYOD. Shakespeare en profitant pour encore imposer à Molière d’embrasser Fanny, mais cela est une autre histoire.

Pardonnez-moi, par avance, de gâcher la fête annoncée, mais quelle belle ineptie !  Technophile globalement averti et promoteur d’une technologie permettant le BYOD, je ne me sens pas pour autant l’âme d’un fossoyeur de quelques décennies de considération sociale en entreprise. Au nom de quel principe – si j’avais la fougue impétueuse de nos hommes politiques, j’ajouterais républicain – devons-nous demander à des salariés de financer sur leurs propres deniers un ordinateur, de l’entretenir et de l’apporter au bureau pour pouvoir travailler ?  En général, les confusions entre sphère personnelle et professionnelle sont au détriment des salariés.

La seconde objection est d’ordre technique. Cela fonctionne. Cependant, quel intérêt pour une direction informatique d’accepter en son sein des matériels qu’elle ne maîtrise pas, par définition non fiables en terme de contenu et de protection contre les virus alors que dans le même temps, elle est exposée à un niveau de menace qui n’a jamais été aussi élevé ?

Enfin, depuis le paléolithique de la micro-informatique, nos grands-mères se sont vues imposer des carcasses de plastique, autrement appelées PC, pour simplement palabrer avec le dernier de la famille en stage aux antipodes. A Noël dernier, elles ont découvert au pied du sapin une magnifique tablette qui permet de répondre à toutes leurs attentes qui plus est, fournie sans les habituels antidépresseurs et aspirines qui accompagnaient tout usage d’un PC par un non informaticien. Ainsi, la tablette devient de plus en plus l’ordinateur du foyer. Juste retour des choses. De là à imaginer cet outil excellant pour internet et le multimédia, devenir un outil du monde professionnel que nos salariés apporteront de chez eux… Cela reviendrait à accepter un recul d’une à deux décennies en terme de productivité pour les utilisateurs tant la transposition des applications métiers sur cet environnement est dénuée de sens.

Fermons le ban du BYOD en nous interrogeant simplement : est-ce qu’au final le BYOD n’est pas surtout une réponse hors sujet en concentrant notre attention sur le matériel ?

Le cœur de l’activité d’un collaborateur en entreprise est centré sur son environnement applicatif. La vraie question au final ne devrait-elle pas être comment puis-je accéder à mes applications qu’elles soient professionnelles ou personnelles ou par extension à mon bureau virtuel professionnel ou personnel à chaque instant, dans tout lieu sans emporter mon ordinateur ou ma tablette ?

 

Tic…tac… un indice ? La réponse se trouve actuellement dans votre poche. Un trombone ? non, pas encore dans une vingtaine d’année peut être. Votre smartphone ? Excellente réponse. A ce stade de la lecture de ce soliloque, vous vous dites, il nous ressert le plat indigeste du smartphone sur lequel on fait tourner des applications virtualisées sans même se rendre compte, le bougre, que quelques lignes plus haut, il avait condamné l’approche pour les tablettes. Une application métier virtualisée avec des centaines d’interfaces fonctionnerait-elle mieux sur un smartphone que sur une tablette ?

Que nenni. Prenez un smartphone. Imaginez un instant, une appli sur ce smartphone qui une fois authentifié, vous donne accès à vos applications, bureaux virtuels professionnels et personnels et par un simple glissé du doigt je prends une de mes applications ou mon bureau virtuel que je lance sur le premier dispositif matériel venu. Un téléviseur à la maison, un PC au bureau, un Mac sur mon canapé, un PC Windows au palace, un PC linux à l’auberge, un PC sain au café à côté, un PC espionné au café si loin, une tablette à l’aéroport ou une tablette sous la couette ! Le tout sans jamais m’authentifier sur le matériel qui reçoit mon environnement puisque je le suis sur mon smartphone. Et là, en vérité, la mobilité devient productive !